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5.11.11

Journalismes exemplaires

Je suis lecteur de La Presse depuis plusieurs années. C'est parfois exaspérant. Une raison parmi d'autres; ses journalistes ont une vision trop statiste sur le plan social. On pointe du doigt un problème et c'est presque toujours en une intervention de l'État que réside la solution, directement ou non.

Néanmoins, plusieurs ont une prose impeccable. Bien sûr, c'est pas Le Figaro ou The New York Times. Dans ces quotidiens, même les pages sportives sont bonnes à lire. La Presse a Pierre Foglia, un grand écrivain. Ainsi que Michèle Ouimet, solide narratrice et agréable à lire. Et Yves Boisvert, mon préféré. En plus d'être soigneusement écrites, ses chroniques sont souvent exemplaires sur le plan journalistique. Comme celle-ci.

Qu'en est-il du Devoir? Avec des moyens dérisoires, il produit des bijoux. Comme aujourd'hui cet article de Fabien Deglise et Antoine Robitaille. Ça mérite même d'être cité dans son intégralité:



La démocratie à l'ère numérique

Plus qu'une commission d'enquête, le Québec a besoin d'une politique de divulgation des données gouvernementales


Le rêve est à portée de souris, mais il n'est encore qu'un rêve. Imaginez: une application Web baptisée «élus.qc» — ou «élus.ca» — qui permettrait de suivre chaque politicien à la trace... numériquement, s'entend. Clic: ici, les contrats soutenus par lui, accordés à tel ou tel entrepreneur. Clic: là, le détail de ses dépenses dans le cadre de ses fonctions, des contributions électorales qu'il a reçues, de ses déplacements, de ses rencontres... et autres informations publiques que la logique des données ouvertes (open data) et de gouvernement ouvert (open government), deux concepts en phase ascendante dans les lieux de pouvoir au Québec comme ailleurs dans le monde, se prépareraient bientôt à rendre disponibles.

«Plus que d'une commission d'enquête, c'est de politiques agressives de libération des données gouvernementales que le Québec a besoin aujourd'hui», lance à l'autre bout du fil James McKinney, programmeur chez Nord Ouvert, un groupe de programmeurs versés dans la promotion de la transparence dans les administrations publiques. «Dans un milieu comme celui-là, la corruption ne pourrait certainement pas survivre.»

Assainir les fondements de la démocratie par le numérique, le projet est ambitieux, mais loin d'être utopique, croient les défenseurs de la gouvernance numériquement ouverte, dont la voix porte avec un peu plus d'insistance depuis quelques mois au Québec. Les avancées technologiques qui facilitent désormais la gestion, le partage et surtout le croisement de bases de données informatiques complexes, tout comme les «affaires» et les soupçons jetés ici et là sur l'administration publique en sont en partie responsables.

«La transparence n'est pas un remède à tous les maux», dit Patrick Parent, du ministère des Relations internationales (MRI) et surtout cofondateur de e-Gouv Québec, un regroupement de fonctionnaires qui cherchent à encourager le partage et l'ouverture des données produites par l'appareil étatique. «Mais il est vrai que plus il y en a, plus le gouvernement est actif dans cette voie et plus il est difficile pour quelqu'un de passer à travers les mailles du filet.»

L'idée d'une ouverture numérique plus grande des gouvernements sur les citoyens a le vent dans les voiles, poussée par les États-Unis qui, sous l'administration Obama, donnent depuis quelques années le ton en la matière.

Au Québec, le concept s'installe timidement. La semaine dernière, la Ville de Montréal a adopté officiellement une politique d'ouverture de ses données publiques. Un portail sur la Toile a été inauguré. L'administration y diffuse une poignée de bases de données à caractère pratique, pour le moment, comme l'emplacement des casernes de pompier, des informations sur les travaux en cours, des bottins statistiques sur les arrondissements, des archives photographiques, des résultats électoraux par quartier...

Le geste a été présenté par la Ville comme une première au Québec, mais il n'arrive toutefois pas à faire oublier le retard qui malgré tout se creuse ici par rapport au reste du monde et au reste du Canada, où des villes comme Toronto, Ottawa, Edmonton, Vancouver ou encore Nanaimo (C.-B.), depuis longtemps, ont pris ce virage de la transparence numérique.

À Québec, le député de Verdun à l'Assemblée nationale, Henri-François Gautrin, a été chargé par le premier ministre Charest le 19 octobre 2010 de mener des consultations et de produire un rapport sur cette question. Fait amusant, les discussions de ce groupe de réflexion, aujourd'hui baptisé groupe Gautrin, devaient initialement porter sur la gouvernance au temps des réseaux sociaux et du Web 2.0. Elles se sont rapidement déplacées sur le concept de «gouvernement ouvert» et de «données ouvertes». Le groupe se prépare d'ailleurs à recommander au gouvernement Charest d'emprunter cette route.

Pour l'ancien président de la Commission d'accès à l'information, Paul-André Comeau, la notion de gouvernement ouvert vient faire faire un pas en avant à la notion d'«accès». Déjà, le gouvernement du Québec promeut la divulgation proactive des données depuis 2006. «Mais on en est aux balbutiements», souligne-t-il.

N'empêche, la révolution de la transparence par le code binaire est en marche. Elle serait aussi irréversible, au grand dam de quelques fonctionnaires qui vont forcément essayer d'y résister. «C'est naturel», a résumé en septembre dernier Martin Lefebvre, qui a piloté le Groupe de travail de Montréal sur les données ouvertes. C'était lors d'une rencontre informelle avec un petit groupe de programmeurs à laquelle Le Devoir a participé. «Actuellement, plusieurs personnes détiennent un pouvoir dans l'administration parce qu'elles possèdent de l'information et sont les seules à y avoir accès.» Et bien sûr, pour elles, la libéralisation des données publiques est perçue négativement.

La notion de gouvernement ouvert nécessite un changement de culture pour plusieurs. Au premier chef dans la fonction publique, où il y a d'«importantes résistances», reconnaît Henri-François Gautrin. «Pour l'administration, dans le fond, ça veut dire qu'elle doit s'habituer à être en rapport direct et immédiat avec les citoyens qui ont le nez dans les données. Ça vous remet aussi en question!»

«Ça a toujours été comme ça, ajoute Patrick Parent. Et c'est pour cela qu'il faut multiplier les "hackathons"», ces événements où des programmeurs et des fonctionnaires s'unissent pour créer des applications à partir des données ouvertes. Le groupe Capitale ouverte — qui va assurer la promotion du numérique ouvert à Québec — va en tenir un justement le 12 novembre dans l'espace de travail collectif Abri.Co avec les données de la Ville. «Quand les gens voient qu'on ne leur vole pas leurs données mais qu'on les met en valeur, ils deviennent alors moins réticents.» Et il ajoute: «Ce n'est pas le travail du gouvernement de développer des applications. S'il se concentre sur la constitution de bases de données exactes, rigoureuses et complètes, d'autres vont s'en occuper pour lui et tout le monde va réussir à y trouver son compte.»

Pour M. Gautrin, le gouvernement ouvert va remettre le citoyen au coeur des affaires de l'État. «Ça va changer complètement le mode de fonctionnement de l'État», dit-il en rappelant d'une vieille promesse de son gouvernement, la gestion des urgences. «L'hôpital ouvert» permettrait de mieux gérer les temps d'attente et de savoir «automatiquement quelles sont les urgences où il y a le moins de temps d'attente et de savoir où elles sont», selon lui.

«Ça va aussi mettre un baume sur le cynisme ambiant, dit Patrick Parent. On sait que tous les politiciens ne sont pas corrompus», et les politiques de données ouvertes, tout comme les applications qu'elles pourraient faire émerger, vont pouvoir en faire la démonstration.

11.9.11

Un héritage inspirant...

Comme beaucoup de gens, aujourd'hui, je suis frappé par ce ciel d'un bleu étincelant. Le même qu'il y a dix ans, jour pour jour. Aussi, j'écoute les témoignages à la mémoire de cette tragédie. Parmi lesquels y a cette connerie d'une tête parlante du réseau Fox; à savoir que ces événements ont produit un héritage inspirant. Moi, comme héritage, je vois rien que ça:


1.8.11

Nombres

Selon Wolfram Alpha, il y aurait dans notre galaxie deux à quatre cents milliards d'étoiles. Moins du tiers que le présent déficit des États-Unis d'Amérique en dollars. Chiffres astronomiques? Disons dorénavant chiffres économiques.

19.4.11

Cuba libre!

If you want to liberate a society just give them the Internet.
Wael Ghonim, ingénieur égyptien à l'emploi de Google, en entrevue à CNN.

Pendant ce temps, ça réflexionne fort au VIième congrès du PCC, dont l'organe de presse se positionne en rempart contre le terrorisme médiatique, rien de moins.

Faut pas compter sur les camarades de l'AFP pour nous en traduire les délires de persécution, les demi-vérités et autres théories fumeuses.

Pire, y a la complaisance du barbu de la radio du dimanche, donnant audience à un vrai terroriste, éditorialiste de Granma. Internet s'en vient, nous dit cette loque maoïste; nos amis de Caracas tirent vers nous un câble sous-marin!

Non mais quelle tabarnak de marde...

12.3.11

Capitalisme des copains

Voilà enfin l'expression juste pour traduire crony capitalism! Je donne crédit à l'essayiste Guy Sorman, qui l'utilise dans une lettre d'opinion publiée récemment dans La Presse ainsi que sur son blogue.

Je répète que cette expression n'a rien à voir avec capitalisme sauvage. Cet article francophone douteux de Wikipédia traduit plutôt à quel point il y a trop d'intellectuels francophones à côté de la plaque ou de mauvaise foi en matière d'économie politique.

25.2.11

Jugez toujours d'un homme par ses amis

Hugo Chavez soutient la chasse aux rats du colonel Kadhafi, ce frère guide que je qualifierais poliment de mégalomane lunatique et sanguinaire. Pas que ça me surprenne mais bon...

Me suis alors posé cette question : que se passera-t-il à Caracas le jour où le bon peuple en aura assez d'être gouverné par pareil bouffon?

22.2.11

Courage Québec!

François Legault et Charles Sirois arrivent à la rescousse! Deux dignes représentants du crony capitalism au secours de notre petit paradis providentiel en perdition!

Y en a un pareil à la mairie de ma ville. Plus teigneux dans l'attitude bien que même discours creux, même vision pseudo-entrepreneuriale. Même curriculum maxi-opportuniste itou... Mais laissons-leur une chance, vous me dites... Ils sont indépendants de fortune... Leur souci de la chose publique ne peut qu'être noble... Blablabla...


En tout cas, s'ils règlent le gouvernement comme leur entrée en scène sur YouTube, ça risque de faire amateur...

2.2.11

Le vent du changement

Les gens de la rue ne craignent plus les gouvernements, déclare Shawki al-Qadi, un législateur de l'opposition du Yémen, lui-même troublé par le changement. "Ce sont maintenant les gouvernements et leurs forces de sécurité qui ont peur. La nouvelle génération, la génération de l'internet, est sans peur. Ils veulent leurs pleins droits, et ils veulent la vie, une vie digne.
Déclaration tirée du récent et remarquable article d'Anthony Shadid, reporter du New York Times au Caire.

6.1.11

La traversée des apparences II

Posté à une intersection routière de l'Ohio, Ted Williams présente ainsi sa situation et demande notre aide. L'économie américaine va très mal. Des quêteux ou des sans-abris affichant le résumé de leurs infortunes, on en voit de plus en plus là-bas. Pourtant, Ted attire l'attention d'un reporter du Columbus Dispatch. Qu'a-t-il de particulier celui-là? Une voix divine? Tiens donc. Jugez-en par vous même :




La vidéo est devenue virale en quelques jours. Ted est maintenant une vedette. Une organisation de la NBA voudrait en faire son annonceur maison. La NFL lui proposerait de narrer leurs archives. Etc. J'ai songé à un Howard Stern qui, avec un talent analogue, s'est rendu presque milliardaire. Or l'animateur vedette de Sirius-XM m'a justement mis la puce à l'oreille, disons. Dans son émission d'hier, il mentionnait qu'avec une telle voix, si ce type ne gagnait pas décemment sa vie, c'est qu'il y avait anguille sous roche.

La roche, c'est le Smoking Gun qui l'a levée :


Pour faire une histoire brève, Ted Williams est un toxicomane avec une voix en or et un impressionnant répertoire de frasques illégales. Je me suis alors posé cette question : donnerais-je une chance à cet homme?

24.11.10

La salive fait des merveilles

Le 24 février 1986, John Ruetten revient du travail et découvre la dépouille de sa femme Sherri Rae Rasmussen dans la salle de séjour de leur domicile de Van Nuys. L'infirmière de 29 ans aurait été séquestrée, molestée puis abattue par trois projectiles de calibre 38.

Marié à Rasmussen depuis trois mois, Ruetten est écarté comme suspect par les enquêteurs Mayer et Pida. Ceux-ci préfèrent lier le crime à un récent vol à main armé perpétré dans les environs. Le père de Rasmussen insiste sur des menaces dont sa fille aurait fait l'objet; une jeune policière, amante éconduite de Ruetten, aurait intimidé à répétition l'infirmière. Ruetten confirme avoir fréquenté un temps Stephanie Lazarus, une employée du LAPD. Néanmoins, les enquêteurs ne suivent pas cette piste.

Plus de deux décennies passent. Le dossier est réactivé, les nouvelles techniques d'analyse génétique aidant. Rasmussen aurait été mordue pas son assaillant et un échantillon de salive a heureusement été prélevé à l'époque. Coup de théâtre: l'analyse révèle que la salive en question appartient à une femme!

Stephanie Lazarus a maintenant 49 ans. Toujours à l'emploi du LAPD, elle s'occupe des crimes reliés aux objets d'art. Voici un reportage du réseau ABC avec des extraits de l'interrogatoire ayant mené à son arrestation:



Après sa mise en accusation, Lazarus doit se départir de ses effets personnels pour être incarcérée. Ayant peine à retirer son alliance, un témoin non identifié lui aurait alors déclaré:

Saliva works wonders.

Lazarus a plaidé non coupable à l'accusation de meurtre prémédité. Son procès aura lieu le printemps prochain.

Source.

23.9.10

Degrés de séparation

Je ne connais aucun juge, ni de près, ni de loin. Bonne ou une mauvaise chose? Je l'ignore.

28.3.10

D'un connaisseur en matière de fourberie

Sache qu’un homme qui se contredit ne répugnera pas à te voler.
Jules Mazarin, Bréviaire des politiciens

10.2.10

Fou furieux de la pensée, enragé du concept

Ce qui vaut moins d'une demie heure de peine, c'est le bouffon qui s'en pare, pas la philosophie.

L'assassin Céline avait trois mots pour désigner le phénomène : agité du bocal.

30.1.10

Les hommes de bonne volonté

La misère, la vraie, ne nous touche pas tous pareil. Pour la plupart, elle frappe comme un coup de batte derrière la tête. Suit une vive douleur, de la confusion puis l'engourdissement. Ultimes conséquences pour la majorité; on voit rien, on entend rien et surtout on dit rien. À l'image des trois singes. Les quelques estourbis encore doués de parole donnant un spectacle parfois gênant. Pour les autres, c'est une gifle sentie en pleine face. À peine moins brutale, plus effrontée. Causant un désagréable réveil. Et avec la dent qui déchausse vient une prise de conscience.

Il semble que le journaliste Patrick Lagacé ait reçu cette claque.

27.1.10

La charité, la justice sociale... et la loi

Le journaliste de La Presse Patrick Lagacé nous écrit d'Haïti, stupéfié par l'existence d'un concessionnaire Porsche à Port-au-Prince. Il y a donc des riches là-bas? Parmi tant de pauvres! D'où ses conjectures :
(...) il y a là valeur de symbole, celui d’un pays, d’un État où on peut très bien vivre sa vie en tout confort au sein d’une minorité de privilégiés, alors que cet État ne fait rien pour l’immense majorité de sa population, pauvre. Il y a là le symbole d’un État qui est un wet dream néo-libéral, où il n’est pas question de moins d’État mais de pas d’État du tout. Or, c’était comme ça il y a dix, vingt, trente ans. Ce l’est encore. C’est donc drôle d’entendre tout le monde se lancer au chevet d’Haïti en promettant de l’aide, de la reconstruction. À la fin, tout cela relève de la charité. Ce pays a aussi besoin d’équité et de justice sociale. De ça, personne ne parle, peut-être que le véritable luxe, inaccessible ici, en Haïti, ce sont ces deux concepts.
Le wet dream du libertarien n'est pas l'absence d'État, mais un État qui se limite à faire respecter la règle de droit. La dénominateur commun des pays sous-développés n'est pas la liberté économique. C'est plutôt que dans ceux-ci, sans exception, l'État bafoue ou ignore la loi, minant toute possibilité d'échanges équitables.

16.1.10

Dèy sé kyè

J'ai jamais mis les pieds en terre d'Haïti. Pourtant, j'ai depuis toujours un faible pour ce pays et son peuple. D'abord dire que j'ai vu le jour sous le regard bienveillant d'un haïtien. Peu après, un autre médecin haïtien m'a sauvé la vie. Plus tard, j'ai eu la chance de côtoyer des membres de la diaspora; des gens fiers et pleins d'esprit. Je me suis même appliqué un temps aux rudiments du créole, charmé par les échanges en cette langue de deux anciennes collègues de travail. Haïti, c'est un peu ma patrie imaginaire.

Aussi j'ai du mal à décrire à quel point cette catastrophe m'afflige. Comme plusieurs je suis là, devant mon écran, horrifié par les images et les témoignages. Simplement concevoir le cauchemar de ceux qui ont survécu m'abasourdit. Certains là-bas vantaient le calme et la dignité des gens de Port-au-Prince. J'aimerais y croire. Mais n'est-ce pas plutôt de la stupeur? Ou une forme salutaire d'anesthésie de l'âme? Qui avant le courage ou la volonté, permette de surmonter une si épouvantable épreuve?

17.12.09

L'ange de la mort

Un dégoûtante campagne de peur, orchestrée par des bouffons du ministère de la santé, et je ne sais quels lobbys douteux.

Un site internet, des pleines pages de propagande débile dans les journaux, de semaines en semaines, et cette sale complaisance des médias.

L'exploitation dans sa version la plus infecte.

Des dizaines de millions de dollars gaspillés alors qu'on manque de médecins de famille.

Ça donne le goût de vomir parce que ça a marché, ciboire.

L'ange de la mort vole... Et il est libre.