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16.4.17

Vol de nuit

La nuit dernière, j'ai rêvé que je planais dans les airs tiré par un aigle. J'agrippais l'extrémité d'un long câble en nylon, l'autre bout ligotant les pattes du gigantesque oiseau en vol. Je voltigeais à sa suite, ivre de joie. Mais le voyage pris fin. Fatigué, entravé, l'animal atterrit péniblement. Puis je l'approchais prudemment. Je voulais le détacher. Il se méfiait. Je lui dis donc ceci : «Tu as été mes ailes, laisses-moi être tes mains.» Je le libérais enfin.

15.3.13

Voiles hissées au mât sublime...

La mer n'est pas moins belle à nos yeux parce que nous savons que parfois des bateaux sombrent. Elle en est plus belle au contraire. Si elle modifiait le mouvement de ses vagues pour épargner un bateau, elle serait un être doué de discernement et de choix. et non pas ce fluide parfaitement obéissant à toutes les pressions extérieures. C'est cette parfaite obéissance qui est sa beauté. 
Toutes les horreurs qui se produisent en ce monde sont comme les plis imprimés aux vagues par la pesanteur. C'est pourquoi elles enferment une beauté. Parfois un poème, tel que l'Iliade, rend cette beauté sensible.

Simone Weil, Attente de Dieu

25.2.13

Avez-vous vu ce que j'ai vu?


Attack ships on fire off the shoulder of Orion.
I watched C-beams glitter in the darkness at Tannhäuser Gate.
All those moments will be lost in time like tears in rain.

10.2.13

Les temps (post) modernes

Qui le croirait! on dit, qu'irrités contre l'heure, 
De nouveaux Josués au pied de chaque tour, 
Tiraient sur les cadrans pour arrêter le jour. 

 Extrait de l'Insurrection, poème d'Auguste Barthélemy et Joseph Méry

29.10.12

Aux premières loges

Elles sont chanceuses, les âmes immobiles!
Jouissant d'une connaissance permanente,
Elles assistent et goûtent un spectacle pur et suave,
Brillantes sous le reflet d'une clarté douce, infinie.

22.4.12

C'est ça qui est ça

Ne laisse pas le soin de gouverner ton coeur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L'oeil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau: tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n'a plus de vitres. Tu es impatient de t'unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D'autres chanteront l'incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t'identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l'impossible.  
Pourtant. 
Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d'une entente qui s'affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. A quand la récolte de l'abîme? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires...  
Qu'est-ce qui t'a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre?  
Il n'y a pas de siège pur.

René Char, Le poème pulvérisé

3.4.12

Tout en peu de mots

Je veux affirmer que la vie est d'abord et toujours tout.
Pierre Reverdy

2.4.12

Flamme renversée

Habituez-vous comme moi
À ces prodiges que j’annonce
À la bonté qui va régner
À la souffrance que j’endure
Et vous connaîtrez l’avenir
Guillaume Apollinaire

10.3.12

Georges Dor (1931-2001)

Cueillez vite la fleur de l'âge, force d'aimer n'est pas toujours,
Le temps efface tous les âges, et le temps se joue de l'amour.
Bon voyage mes amours (1966)

12.2.12

Le pont de l'île

Flocons et lumière campent au fleuve à matin,
Les pêcheurs d'éperlan sont aux cabanes.
Au froid carnaval, rigodons et mitaines,
Les marcheurs transis se prennent la main.


17.1.12

À un ami

Cela, pour les uns
Passe vite, et pour d'autres
Dure plus longtemps.
Les dieux sont éternels-vivants
En plénitude tous le temps ; mais jusque dans la mort
Un homme peut aussi ne garder en mémoire
Que le meilleur
Et ainsi parvenir au sublime.
Nul n'a que sa mesure.
Car il est lourd à porter
Le malheur, mais plus lourd le bonheur.
Pourtant un sage a pu cela :
Depuis midi jusque dans la mi-nuit
Et au-delà jusqu'aux lueurs brillantes de l'aube
Demeurer le convive lucide du Banquet

Fredrich Hölderlin, traduction d'Armel Guerne

12.12.11

Le chemin de fer

Ô, les sages paroles… les belles pensées…
Méditons cette fable à la morale tirée.
On s’extasie bien fort sur les nobles desseins,
De remettre à sa place cet encombrant destin,
Qui lie chacun de nous bon gré, mal gré,
Depuis que le hasard voulût que l’on soit né.

Mon wagon apparaît au sommet du terre-plein.
Les pièces sont assemblées, on peut lâcher le frein.
C’est le seul moment qu’on ne maîtrise pas,
Alors que toute une vie, il influencera.
Devant moi tant de voies, de brouillards,
De chemins lumineux qui ne mènent nulle part.

Me voilà lancé dans cette gare de triage,
Et je roule, inconscient des premiers aiguillages.
Des volontés aimantes les actionnent pour moi.
On trace le chemin que l’on croit bien pour moi.
Des convois s’assemblent, une vie se prépare.
On me dit que mon train n’admet pas le retard.

Quand semble suffisant le nombre de mes bagages,
Je manipule enfin mes propres aiguillages.
Choisir le bon convoi n’est pas une science exacte,
Car une fois accroché, il dirige nos actes
Et nous mène, impuissant, vers la prochaine gare
Où l’on pourra peut-être prendre un autre départ.

Tandis que l’on avance, les voies se multiplient,
Se dédoublent, s’entrecroisent, à ce destin nous lient,
Persuadés que nous sommes de notre bon choix,
Nous voilà emmenés. C’est la bonne, cette fois.
On y croit. On espère, grisé par la vitesse,
Les expériences nouvelles et notre cœur en liesse.

Pourtant, la destination s’éloigne encore.
Emprunter ce chemin est à nouveau un tort.
On change les plans, les envies, le trajet,
On laisse derrière soi remords et regrets,
Et on tente une fois de plus la chance,
Sur une voie de traverse, vers une autre espérance.

Car le temps est compté quand on avance toujours,
Et les choix limités le long de notre parcours.
Malgré le bon vouloir et toute notre énergie,
Force est de reconnaître que le destin nous lie,
Par la façon même dont notre wagon est fait,
Et qu’il serait stupide de toujours le nier.

Mes illusions s’étiolent. C’est un simple constat.
J’attends la prochaine gare et le prochain départ.
Je remise des rêves, j’en dépoussière certains,
Et me dis, j’en suis sûr, qu’il y a encore des trains
Qui peuvent m’emmener vers des joies, des amis,
Un travail gratifiant, une vie épanouie.

L’amour du prochain adoucit notre peine,
Quand on réalise alors que toute lutte est vaine
Contre un destin tracé et longtemps renié.
On puise ainsi la force de taire cette vanité,
Qui nous empêche toujours d’aller à l’essentiel,
De changer de regard, d’apprécier le soleil.

Les chemins sont nombreux, les paysages variés.
Le trafic encombré ou la voie dégagée.
On passe dans des tunnels, sur des ponts élevés,
Mais très peu ont accès aux riantes vallées.
Ne pas trop rechercher à regarder au loin,
Nous permet un peu mieux d’accepter ce destin.


Poème de Laurent G. alias ellge, publié sur le blogue de Patrick Lagacé le 10 décembre dernier.

24.1.11

Le danger est d'autant plus grand

... que le salut est proche. Danger. Grandeur. Salut. Proximité. De la simplicité comme pure poésie.

1.3.10

Nobles artefacts



Sur la rue Déragon
Y'a un trottoir sur chaque bord d'la rue
C'est prévu, c'est pour les piétons
Pour que tu puisses te rendre jusqu'à ma maison.

En t'en venant, si tu traverses l'aut'bord
Tu vas te faire frapper par un char
Par un fou qui s'en viendrait chez nous
Juste pour me dire qu'y'était trop saoul
Pis qu'y s'en fout que tu sois mort.

Y'en as-tu des malades
Sur la rue Déragon!

24.8.09

L'arbre et ses fruits

Le bois de la réalité
A des échardes, mon langage
Poncé jusqu'à l'impunité
Prêt à vernir de vérité

31.12.08

La clinique du bonheur

Pourquoi aimons-nous la musique? Grosse question. Toute tentative de réponse est décevante, incomplète. Vague ou précise selon son intelligence, émotionnelle ou pas, mais jamais satisfaisante.

Mon opinion est que la musique, en tant que forme d'expression, va au delà des mots. Elle embrasse ce que la poésie caresse du bout des doigts. Pas là de supériorité; plutôt une complémentarité. Démonstration :  

26.12.08

Simplicité volontaire

Tous les jours, retrancher un mot au message. 

Jusqu'au coeur du poème.